{"id":1590,"date":"2003-12-26T00:00:00","date_gmt":"2003-12-26T00:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/new.atmf.org\/?p=1590"},"modified":"2003-12-26T00:00:00","modified_gmt":"2003-12-26T00:00:00","slug":"les-dessous-de-l-affaire-chriii-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atmf.org\/?p=1590","title":{"rendered":"Les dessous de l&rsquo;affaire CHRIII"},"content":{"rendered":"<p>=http:\/\/www.telquel-online.com\/104\/sujet2.htmlLa police d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et les dealers de drogue de l&rsquo;autre. Entre les deux, il y a l&rsquo;AMDH, ONG des droits de l&rsquo;homme. Secouez le tout et vous obtenez le cocktail Chrii, dont l&rsquo;un des principaux bourreaux passe actuellement en jugement \u00e0 Safi. Par Karim Boukhari<\/p>\n<p>Mohamed Rachid Chrii n&rsquo;en d\u00e9mord pas. Du fond de sa cellule \u00e0 Al-Adr, pr\u00e8s d&rsquo;El-Jadida, il a r\u00e9dig\u00e9 un nouvel appel \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;anniversaire, le 10 d\u00e9cembre prochain, de la d\u00e9claration mondiale des droits de l&rsquo;homme. \u00ab\u00a0J&rsquo;entamerai, \u00e9crit Chrii, une gr\u00e8ve de la faim les 9, 10 et 11 d\u00e9cembre pour protester contre mon enl\u00e8vement et la torture que j&rsquo;ai subie, et je demande l&rsquo;ouverture d&rsquo;une enqu\u00eate concernant mes ravisseurs et tortionnaires. Et ma lib\u00e9ration imm\u00e9diate et inconditionnelle en tant que d\u00e9tenu politique\u00a0\u00bb. Cet appel co\u00efncide avec le lancement d&rsquo;une p\u00e9tition internationale en faveur de Chrii (solidariterachid@yahoo.fr), \u00e0 l&rsquo;appel de solidarit\u00e9 de plusieurs d\u00e9put\u00e9s europ\u00e9ens qui ont adress\u00e9, le 26 novembre, un courrier en ce sens au Premier ministre, Driss Jettou, mais aussi au \u00ab\u00a0r\u00e9veil\u00a0\u00bb d&rsquo;importantes organisations de droits de l&rsquo;homme comme Amnesty ou la FIDH qui, \u00e0 leur tour, en sont venues \u00e0 inclure Chrii parmi les d\u00e9tenus d&rsquo;opinion au Maroc. Comme nous l&rsquo;a confirm\u00e9 un ami de Chrii, joint \u00e0 Safi, \u00ab\u00a0Rachid n&rsquo;est plus seul. Son calvaire a souffert de la concomitance des \u00e9v\u00e9nements du 16 mai et du proc\u00e8s d&rsquo;Ali Lmrabet. R\u00e9sultat, on a quelque peu oubli\u00e9 Chrii. Mais la tendance commence \u00e0 s&rsquo;inverser et ce n&rsquo;est que justice\u00a0\u00bb. Avant de devenir une affaire nationale, le cas Chrii a d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 une affaire locale. \u00c0 Safi, la condamnation du militant \u00e0 18 mois de prison ferme assortie de 4000 DH d&rsquo;amende a d&rsquo;abord provoqu\u00e9 la col\u00e8re des habitants de son quartier, Saniat, l&rsquo;un des faubourgs de la ville. De p\u00e9titions en sit-in, ses voisins ont \u00e9t\u00e9 rejoints dans leur mouvement de protestation par ses coll\u00e8gues de travail, ses amis de l&rsquo;AMDH et d&rsquo;Attac. Mais aussi par les sections locales de la CDT, de l&rsquo;UMT, de la GSU, etc. M\u00eame les islamistes du PJD et d&rsquo;Al-Adl Wal Ihsane ont manifest\u00e9, t\u00f4t, leur solidarit\u00e9 \u00e0 cet homme dont l&rsquo;histoire a r\u00e9ellement marqu\u00e9 l&rsquo;ann\u00e9e 2003<br \/>\nQui est Rachid Chrii ? Un jeune homme de 38 ans, c\u00e9libataire, employ\u00e9 communal, qui vit tranquillement avec sa m\u00e8re et son fr\u00e8re cadet. Dans les ann\u00e9es 90, et \u00e0 la faveur du r\u00e9veil du Maroc aux droits de l&rsquo;homme, il rejoint logiquement la section locale de l&rsquo;AMDH. \u00ab\u00a0\u00c0 Safi, nous raconte M. Mribeh, membre de cette m\u00eame section, la police et les militants se livraient pratiquement une guerre de tranch\u00e9es\u00a0\u00bb. Comment et pourquoi ? \u00ab\u00a0La paup\u00e9risation de la ville, poursuit Mribeh, a multipli\u00e9 le ch\u00f4mage et donn\u00e9 un coup de fouet aux trafics en tous genres. La police judiciaire avait beaucoup de boulot, mais elle n&rsquo;y allait pas de main morte avec les dealers ou suppos\u00e9s tels. Nous, \u00e0 l&rsquo;AMDH, on croulait litt\u00e9ralement sous les t\u00e9moignages et les plaintes contre des pratiques barbares. Tel dealer se plaignait avoir \u00e9t\u00e9 soumis au supplice dit de la bouteille, tel autre disait qu&rsquo;on le rackettait ou qu&rsquo;on l&rsquo;obligeait \u00e0 collaborer avec des \u00e9l\u00e9ments de la police. Sans parler des ouvriers victimes de mesures abusives, des habitants coup\u00e9s d&rsquo;eau ou d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, etc\u00a0\u00bb. L&rsquo;AMDH, r\u00e9ceptacle de toutes ses dol\u00e9ances, haussait le ton et multipliait les r\u00e9clamations, notamment aupr\u00e8s du procureur de la ville. En face, la police faisait du nettoyage \u00e0 sec avec ses moyens, ses m\u00e9thodes, ses hommes. Chrii, lui, \u00e9tait au c\u0153ur de ce combat. Issu d&rsquo;un quartier pauvre, il connaissait les dealers et le citoyen lambda qui, en retour, lui vouaient, d&rsquo;apr\u00e8s plusieurs t\u00e9moignages recueillis sur place, un grand respect. \u00ab\u00a0Chrii, nous raconte une source polici\u00e8re \u00e0 Safi, nous emp\u00eachait de faire correctement notre boulot de nettoyage. En s&rsquo;interposant contre l&rsquo;arrestation ou la brutalisation d&rsquo;un suspect, il enflammait les foules et mena\u00e7ait le respect d\u00fb aux forces de l&rsquo;ordre \u00bb.<br \/>\nTout est parti de l\u00e0. \u00ab\u00a0Un jour, nous explique une source \u00e0 l&rsquo;AMDH, nous sommes all\u00e9s voir le procureur g\u00e9n\u00e9ral de la ville pour nous plaindre des agissements d&rsquo;un officier connu pour son non-respect des droits les plus \u00e9l\u00e9mentaires des individus. Les t\u00e9moignages de torture accablant ce policier abondaient. La r\u00e9ponse du procureur a \u00e9t\u00e9 : &lsquo;cet \u00e9l\u00e9ment est brillant, il compte parmi les meilleurs affect\u00e9s \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;ordre dans cette ville&#8230;'\u00a0\u00bb. Dialogue de sourds et fin de non-recevoir. En 1999, d\u00e9j\u00e0, Chrii est arr\u00eat\u00e9 dans le cadre de son activisme de rue \u00ab\u00a0pour outrage \u00e0 agent de l&rsquo;\u00c9tat\u00a0\u00bb. Il est relax\u00e9 faute de preuves. Quelque temps plus tard, le policier le plus montr\u00e9 du doigt, un certain M.B, \u00e9l\u00e9ment de la brigade des stups, est mut\u00e9 loin de Safi. Le soulagement de l&rsquo;AMDH ne sera que de courte dur\u00e9e puisque, quelques mois plus tard, d\u00e9barque, de Marrakech, un nouvel officier : Abdelmajid A\u00eft Adraoui, aujourd&rsquo;hui une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 dans la ville. \u00ab\u00a0Adraoui, nous raconte Mribeh, est un adepte de la mani\u00e8re forte. Il m\u00e8ne son combat contre les dealers et les militants, de la m\u00eame mani\u00e8re : inhumaine. Il a vite fait de rep\u00e9rer Chrii. Le reste n&rsquo;\u00e9tait plus, apparemment, qu&rsquo;une question de temps\u00a0\u00bb. Fin 2002, Chrii conduit la d\u00e9l\u00e9gation de l&rsquo;AMDH qui enqu\u00eate sur les pratiques subies par certains d\u00e9tenus \u00e0 la prison civile de Safi. Un enregistrement visuel existe, o\u00f9 l&rsquo;on voit le militant et ses amis, prendre la parole et la redonner aux familles des d\u00e9tenus. \u00ab\u00a0Au-del\u00e0 des conditions g\u00e9n\u00e9rales de d\u00e9tention, explique aujourd&rsquo;hui encore Chrii, c&rsquo;est contre la torture et les mauvais traitements que plusieurs d\u00e9tenus, dont beaucoup des dealers, se plaignaient et se plaignent encore\u00a0\u00bb. Le 21 avril 2003, au bout d&rsquo;une \u00e9ni\u00e8me \u00e9chauffour\u00e9e ente les forces de l&rsquo;ordre et les habitants (dealers et \u00ab\u00a0gens normaux\u00a0\u00bb) du quartier Saniat, Chrii est interpell\u00e9. \u00ab\u00a0On m&rsquo;a enlev\u00e9 sur le chemin de mon travail, \u00e0 la commune. On m&rsquo;a s\u00e9questr\u00e9 dans une maison avant de m&rsquo;envoyer au poste de police. Bandeau sur les yeux, on m&rsquo;a insult\u00e9, frapp\u00e9, tortur\u00e9, et viol\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un b\u00e2ton surmontant une bouteille de limonade. Mes tortionnaires me disaient : tu croyais \u00e9ternellement nous \u00e9chapper ? Te voil\u00e0 entre nos mains, et cette fois, tu l&rsquo;auras dans le&#8230;\u00a0\u00bb. Chrii le dira, et le confirmera par \u00e9crit : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai pu reconna\u00eetre distinctement mes tortionnaires : Abdelmajid A\u00eft El-Adraoui, Abdellah Maghari, Jalal Mustapha, Hassan Fedouach, Fettah Atouani, Rachid (le conducteur de la voiture au bord de laquelle j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 kidnapp\u00e9)\u00a0\u00bb. A\u00eft Adraoui est du lot, mais aussi un certain Hassan Fedouach, \u00ab\u00a0un presque voisin de quartier de Chrii\u00a0\u00bb, nous pr\u00e9cise Mribeh. Le proc\u00e8s de Chrii s&rsquo;ouvre, d\u00e9but mai, sur un coup de th\u00e9\u00e2tre : le militant est accus\u00e9 d&rsquo;outrage et violence contre fonctionnaires, de tentative de faire \u00e9vader un criminel, de r\u00e9bellion&#8230; et de trafic de drogue. Chrii et ses avocats, dont un bataillon drain\u00e9 des quatre coins du pays (conduit par le v\u00e9t\u00e9ran Abderrahman Benameur), contre-attaquent. Me Tarik se souvient : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai vu Rachid dans sa cellule, il a baiss\u00e9 son pantalon, il n&rsquo;avait pas de slip puisqu&rsquo;ils l&rsquo;avaient confisqu\u00e9 pour l&rsquo;humilier\u00a0\u00bb. Les audiences se d\u00e9roulent dans une tension extr\u00eame. Manifestations de rues, pancartes et banderoles, interdiction de mettre le pied dans l&rsquo;enceinte du tribunal, etc. Mais le verdict tombe comme un couperet : Chrii est condamn\u00e9 \u00e0 18 mois de prison ferme et 4000 DH d&rsquo;amende. Il demandera et obtiendra une contre-expertise m\u00e9dicale pour prouver qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9. \u00ab\u00a0Les r\u00e9sultats de l&rsquo;expertise m\u00e9dicale, nous r\u00e9v\u00e8le une source judiciaire, prouvent que Chrii portait des marques de traumatismes divers sur le corps. Mais rien ne prouve que ces marques ne sont pas cons\u00e9cutives \u00e0 une bagarre&#8230;\u00a0\u00bb. Classique. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 victime de la bouteille, explique aujourd&rsquo;hui encore, de vive voix, Chrii. Cette pratique existe encore et je ne suis pas le seul \u00e0 l&rsquo;avoir connue&#8230;\u00a0\u00bb.<br \/>\nLe 16 mai jette une chape de plomb sur le bouillonnement qui entourait le cas Chrii. Ses gr\u00e8ves de la faim, ses appels, les protestations officielles de ses amis et compagnons de route obtiendront un \u00e9cho inattendu : un transfert loin de Safi, vers la prison de Ben Ahmed, ensuite \u00e0 El-Adr pr\u00e8s d&rsquo;El-Jadida parmi les prisonniers de droit commun : \u00ab\u00a0C&rsquo;est une vengeance contre moi, contre ma m\u00e8re et mes amis oblig\u00e9s de parcourir des centaines de kilom\u00e8tres pour me voir\u00a0\u00bb.<br \/>\nPendant que Chrii continue d&rsquo;explorer les \u00e9chelles descendantes de la vie carc\u00e9rale, la guerre des tranch\u00e9es continue de s\u00e9vir \u00e0 Safi. Abdelmajid A\u00eft Adraoui, pour ne citer que lui, fait toujours parler de lui. \u00c9coutons ce dirigeant de l&rsquo;AMDH : \u00ab\u00a0A\u00eft Adraoui tra\u00eene une affaire judiciaire derri\u00e8re lui. Un ancien d\u00e9tenu, Rabi\u00ee Joudar, a port\u00e9 plainte contre lui, pour s\u00e9vices corporels. L&rsquo;histoire a commenc\u00e9 en 2002, d\u00e9j\u00e0. Mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 la rentr\u00e9e 2003 que le proc\u00e8s a r\u00e9ellement d\u00e9marr\u00e9. La prochaine audience est attendue pour le 25 d\u00e9cembre\u00a0\u00bb. En attendant, l&rsquo;officier de police se fait tout discret&#8230;<\/p>\n<p>TelQuel, vendredi 19 d\u00e9cembre 2003<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>=http:\/\/www.telquel-online.com\/104\/sujet2.htmlLa police d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et les dealers de drogue de l&rsquo;autre. Entre les deux, il y a l&rsquo;AMDH, ONG des droits de l&rsquo;homme. 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