{"id":1620,"date":"2004-03-11T22:08:51","date_gmt":"2004-03-11T22:08:51","guid":{"rendered":"http:\/\/new.atmf.org\/?p=1620"},"modified":"2004-03-11T22:08:51","modified_gmt":"2004-03-11T22:08:51","slug":"fatiha-saidi-temoignage-d-al-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atmf.org\/?p=1620","title":{"rendered":"Fatiha saidi : temoignage d&rsquo;al houceima"},"content":{"rendered":"<p><em>A toutes les victimes du drame, avec une pens\u00e9e \u00e9mue \u00e0 toutes celles et  tous ceux qui vivent, depuis le mardi 27 dernier un v\u00e9ritable enfer sur terre.<br \/>\nAvec mes remerciements les plus sinc\u00e8res \u00e0 toutes les personnes qui m&rsquo;ont servi de guides, \u00e9clair\u00e9s de leurs t\u00e9moignages et gratifi\u00e9s de leur confiance\u2026<\/em><\/p>\n<p><b>Quand toute une soci\u00e9t\u00e9 tremble\u2026<br \/>\nAl Hoce\u00efma, du 27 au 29 f\u00e9vrier 04<\/p>\n<p>Vendredi 27 f\u00e9vrier 04<\/b><\/p>\n<p>Il est 10 heures ce vendredi et le voyage Bruxelles-Oujda aura dur\u00e9 exactement 14 heures, apr\u00e8s mille p\u00e9rip\u00e9ties li\u00e9es officiellement \u00e0 des contraintes m\u00e9t\u00e9orologiques for\u00e7ant l&rsquo;\u00e9quipage \u00e0 une escale \u00e0 F\u00e8s! Sur la route qui m\u00e8ne de Oujda \u00e0 Al Hoceima, d\u00e8s l&rsquo;entr\u00e9e dans la ville de Nador, l&rsquo;effervescence d&rsquo;une r\u00e9gion en proie \u00e0 une situation \u00abextra-ordinaire\u00bb est palpable. Entre Driouch et Tiztoutine, la route se couvre brusquement d&rsquo;un convoi impressionnant de camions kakis, bond\u00e9s de militaires. Un peloton d&rsquo;une cinquantaine de v\u00e9hicules, sans compter les jeeps et les motards d&rsquo;accompagnement.<\/p>\n<p>A Nador, un camion arbore fi\u00e8rement des drapeaux marocains. Un groupe d&rsquo;hommes se d\u00e9m\u00e8nent pour le remplir et le b\u00e2cher tandis qu&rsquo;un calicot terminera la t\u00e2che \u00ables habitants de Nador contribuent \u00e0 l&rsquo;aide pour la ville d&rsquo;Al Hoceima\u00bb. A Beni Bourayach, situ\u00e9e \u00e0 une vingtaine de kilom\u00e8tres de la ville d&rsquo;Al Hoceima, une longue file de manifestants (uniquement des hommes), solidement encadr\u00e9e par des citoyens d\u00e9filent, dans  le calme et l&rsquo;organisation tout en brandissant des calicots revendicateurs : \u00abNous sommes dehors. Et les tentes ?\u00bb, \u00abBeni Bourayach, en danger\u00bb\u2026 Apr\u00e8s le pont, \u00e0 la hauteur du march\u00e9, les commer\u00e7ants sont affair\u00e9s ; l&rsquo;ensemble des magasins sont litt\u00e9ralement pris d&rsquo;assaut pour l&rsquo;achat de b\u00e2ches en plastique, vendues au m\u00e9trage, qui serviront \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification de tentes de fortune. Le prix de ce plastique au m\u00e8tre est pass\u00e9 de 6 dirhams (0.6 euros) \u00e0 30 dirhams (3 euros), apr\u00e8s le tremblement de terre. <\/p>\n<p>D\u00e8s l&rsquo;entr\u00e9e de la ville \u00e0 Al Hoceima, sur le bord de la route, le spectacle est impressionnant. L&rsquo;ampleur des d\u00e9g\u00e2ts est consid\u00e9rable ; des maisons \u00e9ventr\u00e9es, abandonn\u00e9es par leurs habitants sont remplac\u00e9es par de petites huttes en plastique qui font office d&rsquo;abris de fortune. Les femmes se sont visiblement d\u00e9j\u00e0 organis\u00e9es, pour que la vie puisse reprendre son cours. Elles s&rsquo;affairent \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, pendent le linge sur des fils tendus d&rsquo;une tente \u00e0 l&rsquo;autre, cuisinent sur des petits gaz de camping.  <\/p>\n<p>Apr\u00e8s une visite rapide \u00e0 la famille, je me rends imm\u00e9diatement \u00e0 Imzouren, dans le c\u0153ur de la ville. Ici le spectacle est encore plus terrifiant que sur le fronton de route. La ville est d\u00e9serte, les maisons qui tiennent encore debout semblent avoir \u00e9t\u00e9 la proie d&rsquo;intenses bombardements. Quant \u00e0 celles qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites, elles s&rsquo;amoncellent, tas de gravats, de carrelages, d&rsquo;armatures en fer, de vaisselle, de literies, de meubles\u2026 Dans ma m\u00e9moire, les images enregistr\u00e9es \u00e0 Jenine et celles-ci s&rsquo;entrechoquent. Je cherche en vain des t\u00e9moins. Impossible. L&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 des habitants se sont r\u00e9fugi\u00e9s sur une esplanade en dehors du c\u0153ur de la ville et sur la place du march\u00e9.<\/p>\n<p>Sa\u00efd Androuss, l&rsquo;architecte qui m&rsquo;accompagne m&rsquo;explique que nombre de ces maisons sont construites par des \u00abimmigr\u00e9s\u00bb et ne sont donc habit\u00e9es qu&rsquo;\u00e0 leur retour. C&rsquo;est ce qui explique le nombre de d\u00e9c\u00e8s particuli\u00e8rement peu \u00e9lev\u00e9, en regard des destructions (140 personnes si l&rsquo;on en croit les chiffres qui me sont remis), et en comparaison avec des bourgades rurales un peu plus \u00e9loign\u00e9es. L&rsquo;architecte fustige les constructions qui ont \u00e9t\u00e9 construites, sans respect des normes architecturales. \u00abRegardez, ici nous sommes dans une zone d\u00e9nomm\u00e9e HB3, ce qui entend qu&rsquo;aucun immeuble ne peut \u00eatre \u00e9rig\u00e9e au-dessus de 3 \u00e9tages. Ici on en compte d\u00e9j\u00e0 4. Et les maisons se sont effondr\u00e9es comme des ch\u00e2teaux de cartes. Par ailleurs, les suivis de chantiers sont rarement effectu\u00e9s et les futurs propri\u00e9taires, une fois le plan de leur maison en poche, se tournent vers des entrepreneurs qui r\u00e9aliseront les travaux, sans l&rsquo;\u0153il averti des professionnels\u00bb. <\/p>\n<p>Nous rencontrons enfin un groupe d&rsquo;hommes qui viennent aussi se rendre compte de la situation, l&rsquo;air grave. Ils m&rsquo;expliquent que ce qu&rsquo;ils craignent le plus c&rsquo;est l&rsquo;abandon de ce village par les habitants, d\u00e9courag\u00e9s et peu d\u00e9sireux de continuer \u00e0 investir dans une zone qui semble aujourd&rsquo;hui maudite et depuis bien longtemps enclav\u00e9e et abandonn\u00e9e. Un h\u00e9licopt\u00e8re tournoie au-dessus de nos t\u00eates depuis une dizaine de minutes, tandis que des bateaux arrivent dans le port. \u00abLa pr\u00e9paration de la visite royale, commentent les hommes\u00bb.<\/p>\n<p>Le c\u0153ur n\u00e9vralgique de la ville d&rsquo;Imzouren, outre le fronton sur la route et la place du march\u00e9 est le lyc\u00e9e, qui donne son nom \u00e0 ce quartier des enseignants, qui n&rsquo;aurait jamais cru se voir un jour propulser \u00e0 une \u00e9chelle m\u00e9diatique aussi intense. Quelques habitants s&rsquo;y sont r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9galement. Quelques m\u00e8tres plus loin, un terrain vague accueille une dizaine de tentes de fortune,  bricol\u00e9es dans l&rsquo;urgence ; couvertures, peaux de mouton, nattes tress\u00e9es en osier ou en plastique se superposent, soutenues par des poutres, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es pour la plupart dans les gravats.<\/p>\n<p>Mohamed El Hankouri, un conseiller communal rencontr\u00e9 au hasard de la visite m&rsquo;indique que l&rsquo;aide humanitaire existe bel et bien mais que la distribution est in\u00e9galement r\u00e9partie. Tout en discutant avec lui, une esp\u00e8ce de forte bourrasque nous secoue : je viens de vivre la premi\u00e8re r\u00e9plique sismique, ce que je ne compris qu&rsquo;en voyant mes interlocuteurs effectuer un saut au milieu de la rue. Il est 16h50.<\/p>\n<p><b>Samedi 28 f\u00e9vrier 04<\/b><\/p>\n<p>Ce matin, je vais me rendre dans les petits villages pour me rendre compte de la situation. J&rsquo;accompagne un groupe de citoyens qui se sont organis\u00e9s, depuis le tremblement de terre, et ravitaille les villageois des douars \u00e9loign\u00e9s qui n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 sous les projecteurs des m\u00e9dias. Le comit\u00e9 spontan\u00e9 attend ce matin un camion de Tanger charg\u00e9 de vivres, de chaussures et de v\u00eatements neufs. Le rendez-vous est fix\u00e9 \u00e0 hauteur de l&rsquo;entr\u00e9e de la ville de Al Hoce\u00efma, surnomm\u00e9 \u00abcontr\u00f4le\u00bb, de par la pr\u00e9sence permanente de la gendarmerie royale. En attendant dans la voiture l&rsquo;arriv\u00e9e du camion, je suis attir\u00e9e par une foule nombreuse qui se masse devant l&rsquo;entr\u00e9e du Cercle Beni Ouriaghel. Curieuse, je traverse et p\u00e9n\u00e8tre dans le Cercle. A l&rsquo;int\u00e9rieur, dans un camion charg\u00e9 de farine, un homme agite un sac en plastique rempli de cartes d&rsquo;identit\u00e9 nationale, tandis qu&rsquo;autour de lui, des hommes se pressent en hurlant \u00e0 s&rsquo;\u00e9poumoner. C&rsquo;est \u00e0 ce moment que les \u00aborganisateurs\u00bb, visiblement d\u00e9pass\u00e9s, d\u00e9cident de dresser un p\u00e9rim\u00e8tre autour du camion, ce qui ne fait qu&rsquo;augmenter la pression et les hurlements. Je demande \u00e0 un jeune homme de r\u00e9pondre \u00e0 quelques questions. Sans h\u00e9sitation, il m&#8217;embo\u00eete le pas et nous sortons du Cercle o\u00f9 il est bien \u00e9videmment impossible de s&rsquo;entendre. Le jeune homme, r\u00e9pond \u00e0 mes questions *, excit\u00e9, d&rsquo;une traite, le souffle souvent coup\u00e9 par l&rsquo;\u00e9motion :<\/p>\n<p>\u00abLe peuple veut de la literie, des tentes. On  nous envoie de la farine et de l&rsquo;huile. Nous, nous ne voulons ni farine, ni huile. Nous voulons un endroit o\u00f9 nous abriter. Une camionnette pour tous les habitants de Souani et d&rsquo;Ajdir, c&rsquo;est insuffisant. Les gens, comme vous l&rsquo;avez vu, se disputent entre eux. L\u00e0 (ndlr : endroit de la distribution), il y a des choses qui ne vont pas : les gens s&rsquo;insultent et se disputent.<\/p>\n<p>&#8211; Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on vous distribue ?<\/p>\n<p>&#8211;         On distribue maintenant de la farine. En bas, il para\u00eet qu&rsquo;il y a une distribution de sucre, de farine et d&rsquo;huile.<\/p>\n<p>&#8211;         J&rsquo;ai vu qu&rsquo;on vous avait enlev\u00e9 vos cartes d&rsquo;identit\u00e9 ? Est-ce exact? Pourquoi ?<\/p>\n<p>&#8211;         Oui, hier, ils ont ramass\u00e9 les cartes d&rsquo;identit\u00e9 pour assurer la distribution ce matin. Mais il y a un manque d&rsquo;organisation et c&rsquo;est la pagaille.<\/p>\n<p>&#8211;         Vous avez remis votre carte d&rsquo;identit\u00e9 hier et vous ne l&rsquo;avez toujours pas r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 aujourd&rsquo;hui ?<\/p>\n<p>&#8211;         Non.<\/p>\n<p>&#8211;         Que voulez-vous maintenant ?<\/p>\n<p>&#8211;         Je veux de la farine et de l&rsquo;huile. Il y a cinq membres dans ma famille et je viens d&rsquo;Ajdir. Je suis ici depuis ce matin tr\u00e8s t\u00f4t (ndlr : l&rsquo;interview se d\u00e9roule \u00e0 9 heures, heure locale).<\/p>\n<p>&#8211;         Que pensez-vous de tout cela ?<\/p>\n<p>&#8211;         J&rsquo;attends des membres de la Commune de A\u00eft Youssef Ou Ali et de son Pr\u00e9sident qu&rsquo;ils viennent sur place et qu&rsquo;ils organisent tout ceci. Nous n&rsquo;avons encore vu aucun d&rsquo;entre eux. Nous avons contact\u00e9 le wali qui nous a promis de nous envoyer des denr\u00e9es alimentaires mais nous n&rsquo;avons toujours rien vu (ndlr : j&rsquo;ai essay\u00e9 de joindre en vain les \u00e9lus locaux dont il est question ici)\u00bb.<\/p>\n<p>Entre-temps le camion tang\u00e9rois est arriv\u00e9 et le convoi se dirige vers le douar d&rsquo;A\u00eft Abdelaziz, une petite localit\u00e9 qui d\u00e9pend de la commune rurale de A\u00eft Youssef Ou Ali. Un vieux monsieur, me voyant arriver, veut me servir de guide et m&rsquo;explique * :<\/p>\n<p>&#8211;         Nous RIEN, absolument RIEN ! Le \u00abmakhzen\u00bb (ndlr : terme utilis\u00e9 couramment pour d\u00e9signer l&rsquo;Etat et toute autre autorit\u00e9) ne nous a rien apport\u00e9. La seule aide que nous avons eue est celle des citoyens. Cependant, le \u00abmakhzen\u00bb nous a apport\u00e9 peu de choses, quelques bo\u00eetes de tomates, des p\u00e2tes, des haricots secs. Que voulez-vous que nous fassions avec cela ? Nous avons aussi re\u00e7u quelques couvertures pour enfants (une quinzaine) et une dizaine de petites tentes, sans armatures. Voil\u00e0 ce que nous avons re\u00e7u par le biais de deux h\u00e9licopt\u00e8res.<\/p>\n<p>&#8211;         Quand avez-vous re\u00e7u cela ?<\/p>\n<p>&#8211;         Hier (ndlr : le vendredi 27 f\u00e9vrier 04), en fin de matin\u00e9e. Si ce n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;aide citoyenne, nos enfants seraient abandonn\u00e9s \u00e0 leur sort. Nous sommes dans un grand d\u00e9sarroi, nous vivons dehors depuis 5 jours maintenant. Le \u00abmakhzen\u00bb ne nous a gu\u00e8re consid\u00e9r\u00e9s. <\/p>\n<p>Des femmes l\u00e9g\u00e8rement v\u00eatues et des enfants grelottant de froid se pressent l&rsquo;un contre l&rsquo;autre, devant des habitations d\u00e9risoires. Tout autour d&rsquo;eux des maisons enti\u00e8res sont effondr\u00e9es. Quant aux hommes, ils s&rsquo;affairent devant  un camion transportant des vivres et des couvertures. Un groupe de jeunes femmes m&rsquo;accompagnent et me montrent ce qu&rsquo;il reste de leurs maisons. De toute une vie, il ne reste rien, plus rien\u2026 Seulement quelques objets, t\u00e9moignant du passage d&rsquo;une famille d\u00e9cim\u00e9e, comme ce couffin d&rsquo;un b\u00e9b\u00e9 de  mois \u2026. Ou cette montre qui semble avoir rendu l&rsquo;\u00e2me, elle aussi \u00e0 2h30, comme en attestent ses aiguilles\u2026<\/p>\n<p>Un petit enfant me montre une fosse, de laquelle, me dit-il, des voisins, aid\u00e9s de volontaires, venus de la ville, ont d\u00e9gag\u00e9 son oncle. Devant une maison d\u00e9truite, une immense place de terre fra\u00eeche accueille d\u00e9sormais les 33 s\u00e9pultures des victimes du s\u00e9isme. Faute de mains disponibles pour transporter les morts et les enterrer dans le cimeti\u00e8re situ\u00e9 en contrebas, les personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es on \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9es dans une fosse commune. Une jeune femme s&rsquo;indigne * \u00abnous aurions voulu enterrer nos morts dans le cimeti\u00e8re du village mais on nous a dit que le tracteur ne pouvait arriver jusque l\u00e0 \u00bb tandis qu&rsquo;un homme du village temp\u00e8re \u00abil faut comprendre qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas possible de creuser 33 tombes. Il a fallu parer \u00e0 l&rsquo;urgence. Ceci dit, je pr\u00e9cise que le tremblement de terre a eu lieu \u00e0 2h30 du matin et on n&rsquo;a vu arriver le tracteur qu&rsquo;\u00e0 11h30. C&rsquo;est \u00e7a les secours ? Des secours dignes de ce nom doivent arriver au bout d&rsquo;un quart d&rsquo;heure, d&rsquo;une demi-heure\u2026 M\u00eame s&rsquo;ils sont venus secourir c&rsquo;\u00e9tait trop tard. Ils n&rsquo;ont pu qu&rsquo;enterrer les gens dans une fosse commune\u00bb. <\/p>\n<p>Mon vieux guide, quant \u00e0 lui, puise \u00e0 nouveau dans ses souvenirs et interrompt ses voisins : \u00abOn a entendu des gens crier de sous les d\u00e9combres mais nous n&rsquo;avions pas les moyens de leur venir en aide. Apr\u00e8s, il y a eu d&rsquo;autres secousses, d&rsquo;autres effondrements et les cris se sont \u00e9teints\u00bb.<\/p>\n<p>Les jeunes femmes, dans une dignit\u00e9 exemplaire, racontent, dans les menus d\u00e9tails, les moments cauchemardesques qu&rsquo;elles ont v\u00e9cu dans la nuit de lundi \u00e0 mardi, proc\u00e9dant elles-m\u00eames au sauvetage de leurs proches, dans l&rsquo;obscurit\u00e9 la plus totale, leur hameau \u00e9tant d\u00e9muni d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9. \u00abMa s\u0153ur a fait sortir ses enfants et son mari, qui a eu un malaise, par cette fen\u00eatre avant de quitter \u00e0 son tour la maison\u00bb, m&rsquo;explique Khadouje *, une autre habitante, en m&rsquo;indiquant la pi\u00e8ce en question, avachie sur elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Dans un sanglot, elle explique : \u00abmes deux s\u0153urs sont actuellement \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital \u00e0 Al Hoce\u00efma. Nous n&rsquo;avons pas eu la possibilit\u00e9 d&rsquo;aller les voir. L&rsquo;une de mes s\u0153urs, mari\u00e9e depuis un an et demi vient de perdre son b\u00e9b\u00e9 de 7 mois. Le couffin que vous voyez ici est le sien\u00bb.<\/p>\n<p>Les femmes expliquent qu&rsquo;elles ont encore une immense peur \u00abdans le c\u0153ur\u00bb. \u00abChaque fois que la terre tremble, nous avons peur. De plus, nous sommes sales, nous ne nous sommes plus lav\u00e9es depuis le tremblement de terre. Nous n&rsquo;avons pas chang\u00e9 de v\u00eatement non plus puisque toutes nos affaires sont sous les d\u00e9combres. Tout est enterr\u00e9. Parents, meubles, v\u00eatements&#8230;\u00bb.*<\/p>\n<p>En quittant les lieux, une jeune fille se met \u00e0 hurler : \u00abMerci \u00e0 notre peuple de nous avoir aid\u00e9. Ils nous ont procur\u00e9 des vivres, des couvertures. M\u00eame si nous sommes encore d\u00e9munis et que les hommes ici dorment sur des sacs de toile (ndlr : les sacs en toile de jute qui servent \u00e0 contenir la farine, le sucre, le bl\u00e9\u2026 sont souvent utilis\u00e9s, dans les campagnes comme serpilli\u00e8res). Maintenant, nous avons enterr\u00e9 nos morts et nous devons penser aux vivants. Nos enfants et nous-m\u00eames sommes malades car nous avons attrap\u00e9 froid. Nous avons toujours \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9s et nous subissons \u00e0 pr\u00e9sent le tremblement de terre. Nous n&rsquo;avons ni eau, ni \u00e9lectricit\u00e9 et maintenant nous sommes r\u00e9duits \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;animaux. O\u00f9 habiter ? Comment vivre ? Notre seul espoir est le Roi ! Nous esp\u00e9rons qu&rsquo;il nous aidera\u00bb.*<\/p>\n<p>Son cri de d\u00e9sespoir est insoutenable et l&rsquo;ensemble des personnes sur les lieux s&rsquo;en vont, en essuyant leurs larmes. Nous allons \u00e0 pr\u00e9sent nous rendre dans un autre douar montagnard, \u00e0 Tizaghine, plus exactement. Devant nous, les m\u00eames sc\u00e8nes de cohorte de v\u00e9hicules priv\u00e9s, venus apporter de l&rsquo;aide aux sinistr\u00e9s. A l&rsquo;entr\u00e9e du douar, un drapeau espagnol flotte sur une tente. C&rsquo;est l&rsquo;aide humanitaire, en provenance d&rsquo;Espagne, qui a dress\u00e9 ici son quartier g\u00e9n\u00e9ral. Quelques m\u00e8tres plus loin, on constate l&rsquo;ampleur des d\u00e9g\u00e2ts devant le spectacle des maisons \u00e9ventr\u00e9es, dans ce village qui semble d\u00e9sert et mort.<\/p>\n<p>Le cimeti\u00e8re du village est enti\u00e8rement encercl\u00e9 de ronces, ce qui signifie de nouvelles tombes. Un homme s&rsquo;y recueille ; en pleurs, il nous livre qu&rsquo;il pleure \u00abses morts\u00bb.<\/p>\n<p>Un peu plus loin, derri\u00e8re quelques maisons d\u00e9truites, je vois une famille, install\u00e9e devant une petite tente. Ils prennent le th\u00e9 et m&rsquo;en proposent bien gentiment. \u00abTu as faim ? Tu veux manger ?\u00bb.* Je suis \u00e9pat\u00e9e par l&rsquo;accueil chaleureux, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, l&rsquo;envie de partager le peu qu&rsquo;ils poss\u00e8dent. Une femme de la famille m&rsquo;informe que 8 de leurs voisins sont morts et aussi qu&rsquo;ici \u00abils ne manquent de rien\u00bb. \u00abNous recevons tous les jours du pain, du lait et hier, vendredi, nous avons re\u00e7u quelques tentes\u00bb. *<\/p>\n<p>Dans ce village \u00e9lectrifi\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es mais o\u00f9 les villageois sont toujours d\u00e9munis d&rsquo;eau courante, la vie s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e, toutes les maisons ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sert\u00e9es, les enfants ne vont plus \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. \u00abNous ne faisons plus rien. Nous sommes tous dehors, inactifs. La terre a encore trembl\u00e9, \u00e0 de nombreuses reprises, depuis la violente secousse. Nous avons peur, nous sommes perdus. D\u00e8s que la terre tremble notre c\u0153ur faiblit. Il a plu aussi et nous n&rsquo;avions pas encore de tentes puisqu&rsquo;elles n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9es qu&rsquo;hier par des Espagnols. Nous n&rsquo;avons m\u00eame pas de v\u00eatements puisqu&rsquo;ils sont ensevelis. Nous avons tout perdu\u00bb.<\/p>\n<p>Tout en invitant les femmes de sa famille \u00e0 t\u00e9moigner, une vieille dame plaisante : \u00abje vais laisser les  jeunes parler car moi je suis trop vieille\u00bb.* Une autre membre de la famille se met alors aussi \u00e0 expliquer : \u00abQuand la nuit tombe, on ne souhaite qu&rsquo;une chose c&rsquo;est de voir le jour se lever. Nous avons peur la nuit tandis que la journ\u00e9e nous sommes dehors, nous voyons ce qui se passe. Quand la terre tremble la panique s&#8217;empare de nous\u00bb. *<\/p>\n<p>\u00abTu as d\u00e9j\u00e0 senti la terre bouger ?\u00bb me demande  ma premi\u00e8re interlocutrice. Je lui r\u00e9ponds que j&rsquo;ai senti quelques r\u00e9pliques depuis mon arriv\u00e9e hier. \u00abCa ce n&rsquo;est rien,  me r\u00e9pond-t-elle. Ce sont de petites secousses. Mardi matin c&rsquo;\u00e9tait effrayant ! Jamais nous n&rsquo;avons v\u00e9cu cela\u00bb. <\/p>\n<p>Ici aussi les habitants n&rsquo;ont pas pu compter sur les secours. \u00abNous avons nous-m\u00eames sorti nos voisins des d\u00e9combres ainsi que les cadavres. A l&rsquo;arri\u00e8re, il y a une odeur insupportable due aux cadavres d&rsquo;animaux qui se trouvent encore sous les gravats\u00bb.<\/p>\n<p>Les femmes, inqui\u00e8tes pour leur avenir, confient \u00abnous ne pouvons rester ind\u00e9finiment sous les tentes. Avec l&rsquo;arriv\u00e9e de la chaleur, nous serons tr\u00e8s rapidement chass\u00e9s par les scorpions et les serpents\u00bb.<\/p>\n<p>A A\u00eft Hicham, une bourgade de A\u00eft Youssef Ou Ali, fortement touch\u00e9e par le s\u00e9isme, l&rsquo;heure est aussi \u00e0 l&rsquo;organisation. Un responsable local, El Ghabzouri Haddi explique que la mise sur pied d&rsquo;un comit\u00e9 organisationnel a \u00e9t\u00e9 incontournable, devant l&rsquo;ampleur de la pagaille ambiante. \u00abNous avons connu quelques m\u00e9saventures, ici, mercredi. Un camion a \u00e9t\u00e9 pris d&rsquo;assaut par des personnes \u00e9trang\u00e8res au douar et cela donne, de nous, une tr\u00e8s mauvaise image, \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Aujourd&rsquo;hui nous avons dissoci\u00e9 trois cat\u00e9gories d&rsquo;habitants ; ceux de la ville, ceux de la Mosqu\u00e9e et ceux de \u00abcontr\u00f4le\u00bb. Chacun de ces trois groupes d&rsquo;habitants sera desservi s\u00e9par\u00e9ment\u00bb. *<\/p>\n<p>De retour en ville, l&rsquo;effervescence est toujours de guise. Les camions de \u00abla cha\u00eene de solidarit\u00e9\u00bb ne cessent d&rsquo;affluer, bond\u00e9s de victuailles et de mat\u00e9riels divers et toujours drap\u00e9s dans leur calicot indiquant leur ville d&rsquo;origine.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai pas eu acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Mohammed V, ce matin et ce d\u00e9but d&rsquo;apr\u00e8s-midi pour cause de visite royale. Le Docteur Mohamed Salhi, directeur-m\u00e9decin de la clinique Bades me t\u00e9l\u00e9phone pour m&rsquo;inviter \u00e0 la visite de l&rsquo;h\u00f4pital. Nous y sommes re\u00e7us par le Docteur Chakibi Abdelradim. Outre la petite tension qui semble encore subsister apr\u00e8s la visite royale, \u00abil n&rsquo;y a plus de probl\u00e8mes\u00bb, confie notre h\u00f4te. Le \u00abplus de probl\u00e8mes\u00bb est certainement \u00e0 relativiser, en regard de l&rsquo;intense activit\u00e9 et gestion de l&rsquo;urgence qui ont pr\u00e9valus jusqu&rsquo;\u00e0 cette matin\u00e9e. \u00abNous avons op\u00e9r\u00e9 26 bless\u00e9s, qui sont arriv\u00e9s dans un \u00e9tat tr\u00e8s grave dont trois h\u00e9morragies internes\u00bb. Et pour terminer la liste froide des chiffres, on peut ajouter qu&rsquo;ici \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;Al Hoce\u00efma, quelques 620 bless\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 admis dont 121 sont encore entre les murs et 14 autres, gravement bless\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9s sur l&rsquo;h\u00f4pital militaire Mohammed V \u00e0 Rabat, le CHU Ibn Sina (Avicennes) de Rabat et une clinique priv\u00e9e \u00e0 Nador. Par ailleurs, l&rsquo;h\u00f4pital Mohammed V, d&rsquo;une capacit\u00e9 totale de 330 lits s&rsquo;est vu renforcer par le dispensaire, l&rsquo;orphelinat et un h\u00f4pital militaire de campagne sp\u00e9cialement dress\u00e9 \u00e0 Imzouren. A ce manque de lits, les m\u00e9decins sont confront\u00e9s aujourd&rsquo;hui \u00e0 un autre probl\u00e8me \u00e9pineux : celui des patients qui ne veulent plus quitter l&rsquo;h\u00f4pital, pour des raisons non pas m\u00e9dicales mais simplement psychologiques, estimant certainement qu&rsquo;ici ils sont en s\u00e9curit\u00e9. <\/p>\n<p>Avant de nous faire visiter l&rsquo;aile chirurgicale r\u00e9serv\u00e9e aux femmes, le docteur Chakibi nous donne encore quelques informations g\u00e9n\u00e9rales. \u00abPour le moment les patients sont pris en charge \u00e0 tous les niveaux, tant m\u00e9dical que psychologique car nous avons des personnes qui ont perdu plusieurs membres de leur famille. Les v\u00e9hicules priv\u00e9s ont ramen\u00e9s 32 personnes \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, contre 28 transport\u00e9s par ambulance. Ceci vous donne une indication des secours sur lesquels la population a pu compter. Heureusement que les bless\u00e9s ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lan de solidarit\u00e9 des voisins et autres qui ont mobilis\u00e9s, qui leur taxi, qui leur camionnette, qui leur voiture\u2026 Je n&rsquo;ai pas encore de chiffres exacts mais je sais que durant les six premi\u00e8res heures apr\u00e8s la secousse, nous avons re\u00e7u de nombreux bless\u00e9s. De nombreux bless\u00e9s sont certainement d\u00e9c\u00e9d\u00e9s faute de secours, ce qui explique que le nombre de bless\u00e9s et quasi identique \u00e0 celui des morts. Non, vraiment les secours n&rsquo;\u00e9taient vraiment pas de haut niveau ! Je peux l&rsquo;affirmer dire quand j&rsquo;ai vu des gens arriver \u00e0 pied, apr\u00e8s une marche de 5 kilom\u00e8tres, avec une porte faisant office de civi\u00e8re\u00bb.<\/p>\n<p>A\u00efcha Moussaoui, une femme, \u00e2g\u00e9e d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es, originaire de Imzouren a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9e in extremis par son fils et a perdu 4 enfants, sa petite-fille et son \u00e9poux. \u00abElle est arriv\u00e9e \u00e0 4 h du matin, soit 1 heure 30 apr\u00e8s le s\u00e9isme, dans un v\u00e9hicule priv\u00e9. Pourtant elle habite \u00e0 Imzouren, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres d&rsquo;ici et les routes sont praticables, soupire le Docteur Chakibi\u00bb. <\/p>\n<p>Son fils, qui, avec sa m\u00e8re, est le seul survivant de la famille, n&rsquo;a eu la vie sauve que gr\u00e2ce \u00e0 une demande de visa effectu\u00e9e \u00e0 Rabat. Lors du tremblement de terre, il \u00e9tait dehors pour se rendre \u00e0 Nador, avant de se diriger vers la capitale. Ce qui lui vaudra non seulement la vie sauve mais lui permettra de revenir sortir des d\u00e9combres son p\u00e8re et sa m\u00e8re. Pour ses fr\u00e8res il est malheureusement d\u00e9j\u00e0 trop tard. Quant \u00e0 son p\u00e8re, il perdra la vie \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. Comme pour mieux r\u00e9aliser lui-m\u00eame ce qui lui est arriv\u00e9, il sort de sa poche la convocation salvatrice et nous la montre. \u00abRegardez, la date du rendez-vous \u00e9tait bien fix\u00e9e au 24!\u00bb. *<\/p>\n<p>Le Docteur Chakibi est appel\u00e9 aux urgences et passe la main \u00e0 son coll\u00e8gue le Docteur Azzouzi Abderrahim. \u00abMe permettez-vous de vous inviter \u00e0 boire un caf\u00e9 \u00e0 la caf\u00e9taria ? Je n&rsquo;ai rien mang\u00e9 depuis ce matin et un caf\u00e9 me ferait le plus grand bien !\u00bb.<\/p>\n<p>Avant de lui embo\u00eeter le pas, il est happ\u00e9 par deux hommes, inquiets, qui lui demandent des nouvelles. Il r\u00e9pond patiemment et nous rejoint. \u00abComme vous le voyez, les gens sont angoiss\u00e9s et traumatis\u00e9s. Nous devons aussi g\u00e9rer les visites intempestives, les membres des familles qui arrivent, \u00e0 toute heure du jour et de la nuit pour s&rsquo;enqu\u00e9rir de la sant\u00e9 ou de la vie d&rsquo;un proche\u00bb. L\u00e9gitime mais \u00e9puisant pour le personnel soignant sur les dents depuis la nuit du s\u00e9isme.<\/p>\n<p>La tasse de caf\u00e9 servie, la cigarette allum\u00e9e, le Docteur Azzouzi se plie \u00e0 l&rsquo;exercice : \u00abAujourd&rsquo;hui nous n&rsquo;avons pratiquement plus de probl\u00e8mes, c&rsquo;est-\u00e0-dire que les malades qui avaient besoin d&rsquo;\u00eatre op\u00e9r\u00e9s l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9, ceux qui avaient besoin d&rsquo;\u00eatre soign\u00e9s l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9, ceux qui avaient besoin d&rsquo;\u00eatre \u00e9vacu\u00e9s vers d&rsquo;autres h\u00f4pitaux l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9. Jusqu&rsquo;au troisi\u00e8me jour,  nous n&rsquo;avons pratiquement re\u00e7u que des sinistr\u00e9s mais depuis les choses se sont normalis\u00e9es et nous recevons \u00e0 pr\u00e9sent de la pathologie ordinaire. La vie reprend son cours sauf que comme il y a eu quatre jours d&rsquo;activit\u00e9s intenses, cela se fait avec un peu de difficult\u00e9. Les moyens ayant \u00e9t\u00e9 concentr\u00e9s sur l&rsquo;urgence commencent \u00e0 se faire sentir, les lits d&rsquo;hospitalisation se font \u00e0 nouveau rares\u00bb. A la question de savoir comment faire sortir de l&rsquo;h\u00f4pital les patients qui n&rsquo;ont plus besoin de soins, le m\u00e9decin r\u00e9pond, sinc\u00e8rement : \u00abJe ne sais pas. Le probl\u00e8me qui se pose c&rsquo;est que les personnes qui peuvent sortir risquent de ne pas trouver d&rsquo;endroits o\u00f9 ils peuvent \u00eatre pris en charge. N&rsquo;oublions pas que des personnes ici ont perdu toute leur famille. C&rsquo;est un probl\u00e8me tr\u00e8s grave. Je ne pense pas que jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent on y ait v\u00e9ritablement pens\u00e9 et r\u00e9fl\u00e9chi de mani\u00e8re s\u00e9rieuse. Moi m\u00eame je ne sais pas comment g\u00e9rer ces sorties\u00bb.<\/p>\n<p>Ce tremblement de terre, v\u00e9ritable drame humain permettra-t-il \u00e0 tout un chacun de tirer des le\u00e7ons et des enseignements, \u00e0 tous les niveaux, quant \u00e0 la prise en charge des sinistr\u00e9s, l&rsquo;organisation des premiers secours ? Ici, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, le docteur Azzouzi certifie que c&rsquo;est le cas. \u00abOn n&rsquo;est certainement loin d&rsquo;\u00eatre par\u00e9s pour vivre ce genre de situation. Tout ce qui a \u00e9t\u00e9 fait l&rsquo;a \u00e9t\u00e9 fait dans l&rsquo;improvisation. Quand une catastrophe de ce genre survient, tous les moyens doivent \u00eatre mobilisables tr\u00e8s vite. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas le cas. Les choses se sont faites gr\u00e2ce \u00e0 la mobilisation de tout un chacun, sans plan pouvant faire face \u00e0 un afflux massif de sinistr\u00e9s\u00bb.<\/p>\n<p>Et de mani\u00e8re structurelle, la question in\u00e9vitable est celle de la r\u00e9habilitation de la r\u00e9gion, zone enclav\u00e9e et oubli\u00e9e des autorit\u00e9s depuis des d\u00e9cennies, de la qualit\u00e9 de ses routes, de l&rsquo;infrastructure existante. L\u00e0 aussi la question fuse, rapide : \u00abPersonne ne peut pr\u00e9tendre que l&rsquo;infrastructure -pas seulement hospitali\u00e8re- est suffisante. Cette r\u00e9gion est tr\u00e8s d\u00e9munie en infrastructure sanitaire m\u00eame si globalement le domaine de la sant\u00e9, par rapport \u00e0 la catastrophe, a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 celui qui a r\u00e9agi avec le plus de c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 et d&rsquo;efficacit\u00e9. Il n&#8217;emp\u00eache que c&rsquo;est insuffisant. On a d\u00fb proc\u00e9der \u00e0 des \u00e9vacuations, avec tous les probl\u00e8mes que cela pose, uniquement par manque de moyens d&rsquo;investigation. Nous n&rsquo;avons pas de scanner, par exemple. Mais enfin, il vient d&rsquo;arriver ! Quand on parle de structures sanitaires, il ne s&rsquo;agit pas seulement de l&rsquo;hospitalier, cela inclut aussi des unit\u00e9s mobiles de secours, de r\u00e9animation\u2026M\u00eame si cela existait, compte tenu de la v\u00e9tust\u00e9 de la voirie, de l&rsquo;inexistence des routes, peut-\u00eatre tout cela n&rsquo;aurait pas servi \u00e0 grand chose\u00bb.<\/p>\n<p>Nous prenons cong\u00e9 du docteur Azzouzi et nous rendons, avec le docteur Salhi, en p\u00e9diatrie. Dans cette chambre logent 6 enfants, dont 2 totalement orphelins. Le\u00efla, magnifique petite fille rousse, \u00e2g\u00e9e de 7 ans, nous gratifie d&rsquo;un lumineux sourire innocent. Une voisine, \u00e0 peine plus \u00e2g\u00e9e qu&rsquo;elle, assise \u00e0 son chevet explique que Le\u00efla a perdu toute sa famille. Dans la rang\u00e9e d&rsquo;en face, trois enfants d&rsquo;une m\u00eame fratrie nous expliquent qu&rsquo;ils ont perdu leurs parents et un de leur fr\u00e8re.<\/p>\n<p><b>Dimanche 29 f\u00e9vrier <\/b><\/p>\n<p>Ce matin, je descends \u00e0 Sabadia, une des plages de Al Hoce\u00efma o\u00f9 un camp a \u00e9t\u00e9 dress\u00e9, par les soins d&rsquo;une unit\u00e9 belge. Dans les tentes, les femmes pr\u00e9parent le petit d\u00e9jeuner.  Zohra, une maman, d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es,  dont les enfants dorment encore \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, vient de revenir de la ville o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 recueillir quelques affaires de sa maison. <\/p>\n<p>Dans un fran\u00e7ais presque impeccable elle raconte, \u00e0 son tour, ses d\u00e9boires et malheurs : \u00abA deux heures et demie, nous dormions tous quand tout \u00e0 coup, quelque chose de tr\u00e8s fort nous a r\u00e9veill\u00e9s. Les enfants pensaient qu&rsquo;ils r\u00eavaient. Je ne sais pas comment vous expliquer. Je suis cependant tr\u00e8s contente de pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;une tente, gr\u00e2ce aux Belges. Beaucoup n&rsquo;ont pas cette chance. Les enfants ont toujours tr\u00e8s peur et nous ne pouvons pas rentrer \u00e0 la maison. Nous passons tous la nuit dehors et il fait tr\u00e8s froid. Il nous manque des couvertures et de la nourriture. Moi j&rsquo;ai quatre enfants, j&rsquo;ai perdu mon mari depuis 13 ans et c&rsquo;est tr\u00e8s difficile pour moi. Je lance un appel au monde entier d&rsquo;aider, m\u00eame de la mani\u00e8re la plus minime, les gens qui vivent de v\u00e9ritables drames, comme \u00e0 Imzouren, par exemple\u00bb.<\/p>\n<p>Dans le camp \u00abbelge\u00bb, le Colonel Eddy Lapon, un \u00abpro\u00bb des tremblements de terre qui a d\u00e9j\u00e0 assur\u00e9 l&rsquo;aide aux populations \u00e0 El Asnam (Alg\u00e9rie) et Bam (Iran) fait le tour et v\u00e9rifie la solidit\u00e9 des tentes, menac\u00e9es par un vent violent qui souffle. Le Colonel Lapon et son \u00e9quipe sont arriv\u00e9s \u00e0 Al Hoce\u00efma, le mardi, jour du s\u00e9isme apr\u00e8s avoir pris contact avec un responsable de la Protection Civile qui l&rsquo;a envoy\u00e9 vers le wali. \u00abApr\u00e8s avoir obtenu les autorisations d&rsquo;usage, on a d\u00e9ploy\u00e9 ici 100 tentes familiales qui abritent aujourd&rsquo;hui environ 500 personnes. Puis on nous a demand\u00e9 de monter un deuxi\u00e8me site, \u00e0 quelques m\u00e8tres plus loin, mais on n&rsquo;a pas pu le faire car les camions ont \u00e9t\u00e9 bloqu\u00e9s par la population, des gens qui voulaient une tente individuelle. Cela se passait le mercredi dernier. Jeudi, un avion est arriv\u00e9 avec 300 tentes et j&rsquo;ai distribu\u00e9 moi-m\u00eame ces tentes dans des montagnes, pr\u00e8s de Tetouan. On a r\u00e9ussi \u00e0 fournir des tentes \u00e0 tout un village l\u00e0-bas. Nous avons organis\u00e9 ces camps mais demain nous partons et nous remettons la gestion et l&rsquo;intendance de ces camps aux autorit\u00e9s municipales. La population ici s&rsquo;est auto-organis\u00e9e et une dizaine de personnes g\u00e8rent le camp\u00bb. Est-ce \u00e0 dire que la Belgique n&rsquo;assurera plus aucun suivi, une fois les responsables partis ? \u00abNormalement, notre mission s&rsquo;arr\u00eate ici mais je sais qu&rsquo;il y a encore un avion belge qui va arriver avec un autre chargement de tentes et de v\u00eatements, r\u00e9colt\u00e9s par des associations marocaines en Belgique\u00bb. <\/p>\n<p>Et le conseil final du Colonel Lapon qui a v\u00e9cu avec la population locale depuis pr\u00e8s d&rsquo;une semaine est la suivante : \u00abLes gens ont peur de retourner \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de leurs maisons, m\u00eame si elles n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 touch\u00e9es par le tremblement de terre. Il y a encore de nombreuses r\u00e9pliques, ce qui n&rsquo;incite pas au retour \u00e0 domicile. Les autres pays devraient faire comme la Belgique et envoyer des tentes, des couvertures et des v\u00eatements pour laisser vivre les gens convenablement dehors. Les r\u00e9pliques d&rsquo;un tremblement de terre peuvent durer 2 \u00e0 3 semaines et tant que ces r\u00e9pliques n&rsquo;ont pas cess\u00e9es, les gens ne rentreront pas chez eux\u00bb.<\/p>\n<p>Sur la route, nous rencontrons Hassan Saihi, un immigr\u00e9 espagnol, arriv\u00e9 de Malaga, avec une camionnette remplie de tentes, de lampes de poche et de sacs de couchage. Il va se rendre dans les montagnes, \u00e0 Tafrast et \u00e0 Zaouia Sidi Youssef. <\/p>\n<p>A Tafrast, Hassan est tr\u00e8s rapidement rejoint par un convoi impressionnant, en provenance de Nador, avec \u00e0 son bord, une troupe de scouts, joyeux et dynamiques. Tr\u00e8s vite, la place de la mosqu\u00e9e prend des allures de f\u00eate. Le d\u00e9chargement dans la salle de la mosqu\u00e9e qui sert de d\u00e9p\u00f4t collectif se fait en chansons ponctu\u00e9es par de stridents coups de sifflets. On en oublie quelque peu le drame survenu il y a quelques jours\u2026<\/p>\n<p>Je continue ma tourn\u00e9e rurale en mettant le cap sur Imhaoulen, au-dessus duquel tournoie, dans un champ, un h\u00e9licopt\u00e8re de la gendarmerie royale. Dans un vrombissement d&rsquo;enfer, il se pose au sol, pendant que des villageois, hommes, femmes, enfants, jeunes et vieux accourent, de toute part.<\/p>\n<p>Les enfants s&rsquo;agglutinent autour de l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re duquel des hommes d\u00e9chargent, \u00e0 m\u00eame le sol, quelques couvertures, quelques tentes et quelques sacs blancs contenant probablement des denr\u00e9es alimentaires. Je laisse les habitants du village \u00e0 leur distribution et prend la route de Zaouia Sidi Youssef, toute proche. L\u00e0 aussi, m\u00eame sc\u00e8ne de distribution et de solidarit\u00e9. J&rsquo;accoste un habitant, Hamadi Boutahar, \u00e2g\u00e9 de 46 ans qui revient de la distribution, transportant un sac contenant du pain, deux couvertures, de l&rsquo;huile, du lait et quelques m\u00e8tres de plastique. Il n&rsquo;a perdu aucun membre de sa famille mais sa maison a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite et son troupeau d\u00e9cim\u00e9. \u00abNous vivons des jours noirs depuis mardi dernier. La pluie, le froid et la faim sont notre lot quotidien. Ce sont des citoyens, venus de Melilla, de Nador, de Tanger qui nous ont aid\u00e9 depuis le tremblement de terre. Nous leur en sommes reconnaissants\u00bb.<\/p>\n<p>Lorsque je lui fais part de l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re qui vient de se poser, \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres, il ajoute : \u00abOui, effectivement, il y a deux ou trois h\u00e9licopt\u00e8res qui sont venus dans notre r\u00e9gion mais tout le monde n&rsquo;a pas pu b\u00e9n\u00e9ficier de l&rsquo;aide. Ils ont l\u00e2ch\u00e9 les produits et puis sont repartis. Ici, c&rsquo;est diff\u00e9rent. Allez voir l&rsquo;organisation. Elle est assur\u00e9e par l&rsquo;imam de la mosqu\u00e9e, sous la surveillance des personnes qui viennent nous apporter l&rsquo;aide alimentaire ou autre\u00bb.  <\/p>\n<p>Je prends cong\u00e9 de ce patelin rural qui cl\u00f4turera ma courte visite. Il est bient\u00f4t 18 heures, l&rsquo;heure de mon rendez-vous avec la Coordination des Associations d&rsquo;Al Hoce\u00efma. Dans le local de l&rsquo;Association Marocaine des Droits de l&rsquo;Homme, les repr\u00e9sentants de diff\u00e9rentes associations -plus particuli\u00e8rement des associations de d\u00e9veloppement local, de femmes, de d\u00e9fense des droits humains- composant la Coordination prennent place autour de la table. Depuis mercredi dernier, conscients que l&rsquo;union fait la force, une quarantaine d&rsquo;associations sont tomb\u00e9es d&rsquo;accord pour la cr\u00e9ation d&rsquo;une structure les regroupant, charg\u00e9e de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats des sinistr\u00e9s. <\/p>\n<p>Lemhallem Omar, membre de la Coordination d\u00e9crit la gen\u00e8se de la cr\u00e9ation de leur nouvelle structure. \u00abMardi, apr\u00e8s le tremblement de terre, nous nous sommes rendus compte de l&rsquo;ampleur des d\u00e9g\u00e2ts. Enorm\u00e9ment de d\u00e9g\u00e2ts mat\u00e9riels mais aussi de lourdes pertes humaines. Nous avons alors convoqu\u00e9 une dizaine d&rsquo;associations -nous sommes aujourd&rsquo;hui 39- et nous sommes fix\u00e9s deux missions. La premi\u00e8re, celle de parer \u00e0 l&rsquo;urgence et de secourir les gens, en leur fournissant toute l&rsquo;aide n\u00e9cessaire, en ce compris l&rsquo;acheminement de vivres, de mat\u00e9riel de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, de m\u00e9dicaments. La seconde mission est de penser d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la reconstruction. Nous avons mis sur pied un secr\u00e9tariat, compos\u00e9 de 9 membres, un comit\u00e9 de permanents, charg\u00e9 d&rsquo;accueillir les gens qui viennent \u00e0 l&rsquo;association, un comit\u00e9 d&rsquo;information et des coordinateurs pour chaque petit village, charg\u00e9s de nous informer, de recueillir des donn\u00e9es qui nous permettront d&rsquo;avoir des donn\u00e9es statistiques claires pour envisager toute politique sociale, de logement, d&rsquo;aide\u2026 ult\u00e9rieure\u00bb.* La Coordination a aussi r\u00e9dig\u00e9 de multiples communiqu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;attention des m\u00e9dias ainsi que des appels \u00e0 la solidarit\u00e9 citoyenne. Par ailleurs, Omar se plaint aussi de la distribution des tentes qui devaient, en priorit\u00e9 \u00eatre achemin\u00e9es vers les villages ruraux, fortement touch\u00e9s par le s\u00e9isme. <\/p>\n<p>Sa\u00efd El Farissi encha\u00eene sur le r\u00f4le de \u00abl&rsquo;Etat\u00bb qu&rsquo;il juge extr\u00eamement faible et surtout dans les trois jours qui ont suivi le tremblement de terre. \u00abLe drame qu&rsquo;ont v\u00e9cu les habitants des villages ruraux est principalement d\u00fb au manque de routes praticables. De plus, la m\u00e9diatisation s&rsquo;est faite surtout autour de A\u00eft Kamra et d&rsquo;Imzouren. Alors que d&rsquo;autres douars ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s de mani\u00e8re encore plus dramatique\u00bb. Sa\u00efd estime que la responsabilit\u00e9 de \u00abl&rsquo;Etat\u00bb est engag\u00e9e depuis 94, date du pr\u00e9c\u00e9dent tremblement de terre. \u00abLa zone d&rsquo;Al Hoce\u00efma est une zone rouge et devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme telle. Ce ne fut pas le cas\u00bb. *<\/p>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, Zohra Koubi&rsquo;r et Jamila Soussi, tiennent \u00e0 attirer l&rsquo;attention sur le sort des femmes, particuli\u00e8rement touch\u00e9es par le drame.<\/p>\n<p>\u00abNous ne faisons bien s\u00fbr pas de distinction entre les hommes et les femmes, mais cependant nous avons constat\u00e9 que de nombreuses femmes se sacrifient et pr\u00e9f\u00e8rent rester dans le village, alors qu&rsquo;elles m\u00e9ritent des soins. Nous avons vu une femme qui avait les ongles arrach\u00e9s et qui n&rsquo;avait re\u00e7u aucun soin. Les hommes peuvent se d\u00e9placer, seuls et aller se faire soigner. Pour une femme c&rsquo;est impossible, elle doit \u00eatre accompagn\u00e9e\u00bb.<\/p>\n<p>Dans ces r\u00e9gions, tr\u00e8s conservatrices \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des femmes, Zohra et Jamila constatent que de nombreuses femmes sont harcel\u00e9es dehors. \u00abElles se plaignent de l&rsquo;attitude des hommes, des militaires, qui les harc\u00e8lent et sont choqu\u00e9es par ces comportements, inadmissibles, surtout dans une p\u00e9riode aussi douloureuse que celle-ci\u00bb.*<\/p>\n<p>Omar Moussa Abdallah, quant \u00e0 lui, est charg\u00e9 des relations avec les autorit\u00e9s et les institutions officielles. Il se plaint de la lenteur des autorit\u00e9s qui n&rsquo;a convoqu\u00e9 les associations locales que jeudi dernier, pour une r\u00e9union avec la Fondation Mohamed V.  Lenteur, retard, encore et toujours\u2026<\/p>\n<p>Quelques r\u00e9flexions\u2026<br \/>\nVivre trois journ\u00e9es au quotidien le drame d&rsquo;une population, c&rsquo;est peu, bien peu. Tout en connaissant la r\u00e9gion du Nord, dont je suis originaire, je n&rsquo;aurai cependant nullement la pr\u00e9tention de pr\u00e9tendre avoir une photographie compl\u00e8te et exacte de la situation.<\/p>\n<p>Cependant, forte des t\u00e9moignages que j&rsquo;ai rassembl\u00e9s durant ces trois intenses journ\u00e9e, je me permets de livrer, \u00e0 qui veut les lire, quelques r\u00e9flexions. Subjectives certainement, sinc\u00e8res r\u00e9ellement\u2026<\/p>\n<p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par la solidarit\u00e9 spontan\u00e9e des citoyens marocains qui ont, avec brio, aid\u00e9 les plus d\u00e9munis \u00e0 s&rsquo;abriter, m\u00eame de mani\u00e8re sommaire, \u00e0 s&rsquo;alimenter, \u00e0 se soigner, \u00e0 enterrer les victimes, alors que les autorit\u00e9s tant locales que les autres ne sont arriv\u00e9s qu&rsquo;apr\u00e8s trois ou quatre jours. Souvent trop tard\u2026 ou, sous les feux des projecteurs, dans des  mises en sc\u00e8ne frisant le ridicule mais surtout ind\u00e9centes.<\/p>\n<p>Je reste admirative devant le travail des associations, des volontaires qui se sont mobilis\u00e9s, d\u00e8s les premiers instants du drame, vaquant \u00e0 l&rsquo;urgence tout en s&rsquo;interrogeant sur la construction du futur. <\/p>\n<p>Quant aux femmes, longtemps rel\u00e9gu\u00e9es au ban de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine, elles ont \u00e0 nouveau prouv\u00e9 combien elles sont efficaces dans leur capacit\u00e9 de mobilisation, d&rsquo;organisation et d&rsquo;intendance. Osons esp\u00e9rer que les hommes de la contr\u00e9e, connus pour leur esprit conservateur, \u00abl\u00e2cheront la bride traditionnelle\u00bb et reconna\u00eetront que les femmes, \u00e0 leur c\u00f4t\u00e9, constituent une force et non une menace. Ces femmes remarquables doivent \u00eatre soutenues et b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;instruments qui leur permettent d&rsquo;appr\u00e9hender leur environnement de mani\u00e8re globale. Pour ce faire, l&rsquo;alphab\u00e9tisation et l&rsquo;acc\u00e8s au savoir sont deux vecteurs d&rsquo;\u00e9mancipation qu&rsquo;il ne convient plus de remettre en question. Or, si de nombreuses personnes (hommes et femmes) se sont vues coup\u00e9es de ce droit, la proportion la plus grande se retrouve dans la gent f\u00e9minine et plus particuli\u00e8rement dans les zones rurales. <\/p>\n<p>Comme le soulignaient Zohra et Jamila, le tremblement de terre a mis en exergue un ph\u00e9nom\u00e8ne connu : en tant de crise, en tant de guerres, ce sont toujours les femmes qui paient le plus lourd tribut. Dans les zones rurales, m\u00eame dans des p\u00e9riodes hors crises, les probl\u00e8mes se posent toujours en termes plus aigus pour les femmes, de par leurs conditions de vie. Des femmes perdent encore aujourd&rsquo;hui la vie, des suites d&rsquo;accouchements car les routes sont  inexistantes pour pouvoir les transporter \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, elles ne sont pas scolaris\u00e9es car elles sont soumises \u00e0 des t\u00e2ches p\u00e9nibles comme celle, par exemple, de faire plusieurs kilom\u00e8tres par jour pour s&rsquo;approvisionner en eau. Ces femmes rurales ne peuvent plus \u00eatre les oubli\u00e9es des programmes de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement. Elles doivent \u00eatre form\u00e9es afin de devenir \u00e0 leur tour des actrices de changements et des relais au sein de leur douar, village, r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Comme je l&rsquo;ai souvent affirm\u00e9, je suis loin d&rsquo;\u00eatre une ind\u00e9pendantiste, aspirant \u00e0 une ind\u00e9pendance g\u00e9ographique ou politique du Rif. Tout en plaidant pour un Maroc uni et unifi\u00e9, j&rsquo;aspire cependant \u00e0 ce que chaque citoyen puisse jouir pleinement de la facult\u00e9 d&rsquo;exercer son droit \u00e0 parler la langue qu&rsquo;il souhaite, se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 sa culture et surtout ne pas vivre une marginalisation en fonction de son appartenance. Je continuerai \u00e0 d\u00e9fendre ce principe, avec toutes les forces vives qui d\u00e9fendent les m\u00eames valeurs, sans ostracisme et sans tomber dans un discours r\u00e9gionaliste et r\u00e9duit \u00e0 leur seule \u00abcommunaut\u00e9\u00bb. <\/p>\n<p>Le tremblement de terre d&rsquo;Al Hoce\u00efma restera \u00e0 coup s\u00fbr dans les annales \u00abnoires\u00bb de l&rsquo;histoire du Maroc. Que les nombreux morts ne soient pas partis \u00abpour rien\u00bb et que l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 des d\u00e9cideurs politiques utilisent ce drame pour tirer un bilan honn\u00eate et surtout pour formuler une politique de d\u00e9centralisation de toutes les contr\u00e9es enclav\u00e9es. Une politique bas\u00e9e sur la proximit\u00e9 locale, avec des \u00e9lus locaux, jouissant de pleins pouvoirs et non en attente perp\u00e9tuelle des ordres \u00abd&rsquo;en haut\u00bb ou \u00abd&rsquo;en bas\u00bb -c&rsquo;est selon- est le pilier essentiel de la d\u00e9mocratie. <\/p>\n<p>L&rsquo;objectif \u00e0 atteindre est celui de rendre \u00e0 tous les citoyens et citoyennes marocain(e)s, la reconnaissance \u00e0 laquelle ils ont droit. Toutes les r\u00e9gions du Maroc, du Nord au Sud, doivent \u00eatre trait\u00e9es comme des r\u00e9gions du Maroc \u00e0 part enti\u00e8re et non comme des petites annexes insignifiantes.<\/p>\n<p>Fatiha SAIDI,<\/p>\n<p>Al Hoce\u00efma, <\/p>\n<p>* Les interviews signal\u00e9es par l&rsquo;ast\u00e9risque ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es en rifain et traduites par mes soins.<\/p>\n<p>Pour toute information compl\u00e9mentaire ou pour obtenir les photos :<\/p>\n<p>fatiha.saidi@ibelgique.com<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A toutes les victimes du drame, avec une pens\u00e9e \u00e9mue \u00e0 toutes celles et tous ceux qui vivent, depuis le mardi 27 dernier un v\u00e9ritable enfer sur terre. 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