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VERS OÙ VA-T-ON ?

Un journaliste arrêté. Un artiste placé en garde à vue. Des citoyens blessés par balles. Jusqu’où ira la répression ?

En trois jours, trois images. Un journaliste arrêté à son arrivée au Maroc. Un artiste placé en garde à vue après avoir voulu quitter le territoire. Des citoyens blessés lors d’une mobilisation pour défendre leurs terres.

Trois faits, trois alertes, et une même question qui devient impossible à éviter :

Vers où va-t-on ?

Le 12 juillet, le journaliste Ali Lmrabet est arrêté à son arrivée à Tanger. Le 13 juillet, El Mahdi Lyoubi, alias Mehdi Black Wind, réalisateur, documentariste, musicien et producteur marocain installé en France, est placé en garde à vue à Casablanca.

Selon le communiqué de ses proches, son arrestation serait liée à ses prises de position artistiques et à des publications sur les réseaux sociaux.

Ce même 13 juillet, au douar Riyah Lqabliya, des habitants mobilisés autour d’un conflit foncier affrontent les forces de l’ordre. Des coups de feu sont tirés, des manifestants sont blessés.

Un journaliste, un artiste, des citoyens.

Informer, créer, s’exprimer, protester, défendre ses droits. Est-ce donc devenu dangereux ?

Ce qui inquiète, ce n’est pas seulement chaque arrestation prise isolément. C’est leur succession, c’est leur accumulation, c’est une même main se referme sur toutes les formes de contestation. La plume qui dérange, la caméra qui montre, la chanson qui dénonce, la publication qui critique, la foule qui proteste, le citoyen qui refuse de se taire.

À chaque fois, la même réponse semble gagner du terrain : Interdire, convoquer, intimider, arrêter, disperser, faire peur.

Une démocratie ne se mesure pas au nombre de discours sur les libertés. Elle se mesure à la liberté laissée à ceux qui dérangent. À ceux qui critiquent, à ceux qui protestent, à ceux qui refusent d’applaudir. Une liberté qui ne vaut que pour ceux qui se taisent n’est pas une liberté. Une presse sous pression n’est pas une presse libre. Un artiste qui doit craindre une garde à vue pour ses paroles n’est pas libre. Un citoyen qui risque d’être blessé lorsqu’il défend ses droits n’est pas libre. Et un pays qui gouverne la contestation par la peur creuse un fossé entre le pouvoir et la société.

Nous ne pouvons, banaliser cette escalade. Nous ne pouvons, nous habituer aux arrestations. Nous ne pouvons, considérer la répression comme une méthode de gouvernance normale.

Car derrière chaque nom, il y a une vie. Une famille qui attend. Des proches qui s’inquiètent. Des collègues qui se demandent qui sera le prochain.

Le Maroc ne peut pas devenir un pays où l’on doit choisir entre parler et être libre.

Notre solidarité va à toutes celles et ceux qui subissent la répression : à Ali Lmrabet, à Mehdi Black Wind, aux habitants blessés de Riyah Lqabliya, à leurs familles et à leurs proches.

Leur combat pour la dignité et la liberté est aussi le nôtre.

L’ATMF appelle les forces démocratiques, syndicales, associatives, culturelles et citoyennes à faire bloc.

La liberté d’expression n’est pas une faveur. La liberté de créer n’est pas une permission. Le droit de manifester n’est pas un privilège. Ce sont des droits fondamentaux.

Aujourd’hui, c’est Ali Lmrabet. Aujourd’hui, c’est Mehdi Black Wind. Aujourd’hui, ce sont les habitants de Riyah Lqabliya. Demain, qui ?

Vers où va-t-on ?

Cette question devient urgente. Et notre réponse doit l’être aussi :

• Pas de liberté sans solidarité.

• Pas de justice dans le silence.

• Pas de société vivante sous la peur.

14 juillet 2026

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