Intervention de l’ATMF /Table ronde : Migration et Antifascisme- CICP 50 ans de Solidarités !

Merci pour l’organisation de cette rencontre, et merci pour l’invitation à participer à cette célébration des 50 ans du Centre international de culture populaire.
Prendre la parole aujourd’hui au nom de l’ATMF, ici, dans ce lieu, ce n’est pas anodin. Le CICP fait partie de ces espaces rares qui, pendant des décennies, ont permis aux luttes sociales, aux luttes de l’immigration et aux solidarités internationales de se croiser, de dialoguer, de se renforcer, et surtout de construire des perspectives communes.
Et l’histoire de l’ATMF s’inscrit pleinement dans cette histoire.
L’ATMF est passée par quatre étapes essentielles de son histoire. D’abord créée dans les années 1960 sous le nom d’AMF (Association des Marocains en France) par des militants politiques, elle est devenue en 1975 l’AMF Coordination des Sections à la suite de divergences politiques internes. Elle s’est ensuite transformée en Association des Travailleurs Marocains en France (ATMF)en 1981, avant d’évoluer enfin vers une association ouverte à l’ensemble des Maghrébins de France en 2000.
L’ATMF est née des luttes des travailleurs marocains immigrés en France. Des femmes et des hommes venus répondre aux besoins de main-d’œuvre de l’économie française, souvent recrutés pour les emplois les plus pénibles, les plus précaires, les moins reconnus. Une population réduite à une force de travail, mais privée de nombreux droits, confrontée au racisme, aux discriminations, et à différentes formes de contrôle.
Mais face à cela, ces travailleurs ne sont pas restés silencieux. Ils ne se sont pas contentés d’attendre que d’autres parlent pour eux. Ils se sont organisés eux-mêmes.
Cette auto-organisation est née d’une nécessité vitale : défendre sa dignité, ses droits, et sa place dans la société.
Cette histoire s’est construite dans un contexte de violences institutionnelles, de politiques d’exclusion et de suspicion permanente à l’égard des immigrés. Les foyers, les quartiers populaires, les lieux de travail sont devenus des espaces de résistance. Les immigrés ont créé leurs propres structures pour faire entendre leurs voix et construire un rapport de force collectif.
Parmi les moments fondateurs, il y a bien sûr les luttes des résidents des foyers Sonacotra dans les années 1970. Face à des conditions de vie indignes et à des règlements discriminatoires, des milliers de travailleurs se sont mobilisés, ont mené des grèves des loyers longues et déterminées. Cela a marqué une étape essentielle : celle de l’affirmation d’une parole autonome des immigrés.
Et dans cette histoire, il faut aussi rappeler le rôle de l’ATMF dans les luttes des mineurs marocains, notamment dans l’Est et le Nord de la France, où elle a contribué à soutenir leurs mobilisations, à faire reconnaître leurs droits et à rendre visibles des conditions de travail particulièrement dures et longtemps invisibilisées.
Dès le départ, cette auto-organisation a porté une double dimension. Les travailleurs marocains luttaient ici pour l’égalité des droits, contre l’exploitation et le racisme, tout en restant profondément liés aux luttes démocratiques et sociales au Maroc.
C’est une histoire qui relie ici et là-bas.
Cette trajectoire a aussi croisé les grandes mobilisations contre le racisme, notamment la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983. Un moment clé, où les enfants de l’immigration ont affirmé une chose simple : ils ne demandaient pas des droits particuliers, mais l’égalité réelle.
C’est dans cet esprit que l’ATMF s’est engagée dans de nombreuses dynamiques de solidarité : dans le mouvement ouvrier, dans les mobilisations pour la carte de résident, pour le droit de vote des étrangers, contre les lois discriminatoires, et aux côtés des sans-papiers, notamment à partir des années 1990.
Nous avons aussi été présents dans les luttes internationales : aux côtés des mouvements démocratiques au Maroc, du peuple palestinien, et des peuples du Maghreb et du Machrek dans leurs combats pour la dignité et la liberté.
Dans les années 1990 et 2000, de nouvelles convergences se sont construites avec les mouvements altermondialistes. L’ATMF a participé aux forums sociaux locaux, régionaux, maghrébins, européens et mondiaux, où se retrouvaient des luttes autour de préoccupations communes : justice sociale, égalité, droits humains, et refus des dominations.
Et dans toutes ces dynamiques, des lieux comme le CICP ont été essentiels.
Le CICP, c’est un lieu de rencontres, de débats, de construction d’alliances. Un lieu où se croisent les luttes contre le racisme, les combats anticoloniaux, les solidarités internationales et les mobilisations sociales. Un lieu où les causes ne restent pas isolées, mais se renforcent mutuellement.
Quand l’ATMF devient en 2000 l’Association des Travailleurs Maghrébins de France, ce n’est pas qu’un changement de nom. C’est l’expression d’une réalité partagée : celle de populations confrontées aux mêmes discriminations et aux mêmes mécanismes d’exclusion.
Et aujourd’hui, cette histoire continue.
Nous sommes toujours présents aux côtés des sans-papiers, des habitants des foyers, des anciens migrants, des jeunes des quartiers populaires, des travailleurs précaires. Nous continuons à transformer des expériences individuelles d’injustice en mobilisations collectives.
L’ATMF reste fidèle à ses fondements : l’autonomie des premiers concernés, la construction d’alliances, la solidarité internationale, et la conviction que les droits sont universels.
Alors célébrer aujourd’hui les 50 ans du CICP, ce n’est pas seulement regarder en arrière.
C’est rappeler une évidence : les luttes de l’immigration n’ont jamais été isolées. Elles se sont construites dans des réseaux, dans des alliances, dans des lieux comme celui-ci.
Et parce que les injustices persistent, ces espaces restent indispensables.
Et parce que les injustices persistent à travers le monde, au génocide vécu par le peuple palestinien à Gaza, à l’occupation et à la colonisation des territoires palestiniens, aux bombardements au Liban, aux conflits qui déstabilisent le Moyen-Orient, aux atteintes aux droits fondamentaux, à la répression et aux arrestations arbitraires dans les pays du Maghreb, ainsi qu’à la montée des discours de haine, du racisme et des idées fascistes d’extrême droite en France et en Europe, contre les violences policières l’ATMF continuera à prendre toute sa place dans les combats collectifs pour la justice, l’égalité, la dignité et la solidarité entre les peuples.
Bon anniversaire et longue vie au CICP !
Le mot du président de l’ATMF National, M.Nacer El IDRISSI,
Paris, 06 juin 2026

