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ATMF Argenteuil : une victoire sur les discriminations…

 

Le procès concernant la discrimination à l’embauche dont a été victime notre ami Saadi Bahri a eu lieu aujourd’hui, 18 octobre, à la sixième chambre du TGI de Pontoise.

Ceci est une synthèse très succincte.

Voici la partie du mail qui a valu à son auteur de se retrouver devant le juge :

« Or les directives que nous avons récemment mises-en-place ne nous permettent pas de travailler ensemble, car il s’avère que vous êtes arabe ou d’origine arabe et que c’est tout sauf une qualité.

« Nous avons décidé que notre boycotte serait total. »

Bahri était défendu par Maître Abci

La Licra s’était constituée partie civile. Elle était représentée par Maître Picou

Le procureur, dans le souci de ne pas donner une tribune politique au prévenu, a souhaité limiter le débat aux faits : infraction grave à la loi

L’homme comparaissait donc pour provocation, et la présidente du tribunal a déclaré à l’ouverture du procès que « c’est le Droit qui nous réunis », aussi s’est-elle attachée « au Droit rien que le Droit »

L’homme a d’emblée tenté de justifier son mail en évoquant les attentats de Charlie hebdo. Il a assumé, voire revendiqué, ses amalgames : « je fais l’amalgame, ma famille est d’extrême droite… »

La présidente du tribunal lui coupe la parole pour le ramener aux faits : la violation de l’article 225-1 du code pénal sur les discriminations.

La discrimination à l’embauche est avérée.

L’homme change alors son fusil d’épaule en prétendant qu’il gère une association et non une entreprise.

Vous prétendez que l’article 225-1 du code pénal sur les discriminations ne vous concerne pas ? lui demande la présidente.

L’homme lui répond qu’il ne cherche pas des comédiens, mais qu’il les rencontre.

Face à cette mauvaise fois, la présidente lui rappelle son mail :

« Or les directives que nous avons récemment mises-en-place ne nous permettent pas de travailler ensemble »

Ce sera comme ça tout au long du procès, ce qui bien entendu a fini par agacer la cour.

Saadi Bahri a été appelé à la barre pour s’exprimer.

Il confirme qu’il a bien répondu à une annonce qui recherchait un comédien pour un emploi. Il explique qu’il est Français, né à Bagdad en Irak.

Il a obtenu une licence en droit à l’université de Bagdad, et un doctorat de lettres française à Paris.

En tant qu’artiste et humain, il espérait faire des choses merveilleuses, c’est pourquoi, la discrimination à l’embauche, dont il a été victime, l’a profondément affecté.

Il a rappelé que l’Irak, où il était né, est également le berceau de la civilisation et de la poésie universelle.

Émue, la présidente a dû chercher ses mots avant de reprendre la parole pour la donner à l’avocate de Bahri :

Maître Abci : Je suis touchée par cette histoire. Vu le conteste dans le pays, il ne peut y avoir de place pour ce type de comportement. M. Saadi est blessé et touché au plus profond de lui-même. Le préjudice est important.

Nous demandons :

3000 € pour le préjudice moral

1500 € pour le préjudice matériel

1000 € au titre de l’article 475-1

Licra : Les discriminations portent atteinte au vivre-ensemble. Un travail est un revenu, des enfants à élever, c’est manger, c’est fondamental.

La discrimination détruit. Aujourd’hui cachée, elle tend à devenir visible.

Nous demandons 1 € symbolique pour le préjudice moral.

MRAP : nous qui intervenons dans les quartiers, les écoles, chez d’autres associations… pour diffuser de bonnes ondes, nous nous sentons blessés après de tels propos.

Nous réclamons 1000 € au titre de l’article 475-1

Le procureur : Monsieur Saadi [sur un ton amical] ; puis il s’adresse à la cour :

On ne peut pas changer l’opinion d’un homme. Sa dignité, son comportement est blâmable.

Je demande 4 mois d’emprisonnement.

La présidente donne la parole au prévenu.

L’homme s’exprime du bout des lèvres :

J’ai changé d’opinion politique. Je regrette amèrement ce que j’ai écrit.

Pourtant, il ajoute avant de partir : condamnez-moi si vous le désirez.

Délibération :

Le prévenu est absent.

Il a été condamné à 4 mois avec sursis

800 € pour le préjudice moral

400 € au titre de l’article 475-1

400 € pour le préjudice moral

400 € au titre de l’article 475-1

400 € au titre de l’article 475-1

Durant le procès, il y a eu un petit basculement lorsque Saadi Bahri a pris la parole. Je n’ai fait que résumer son intervention qui fut en réalité plus longue, mais très émouvante. Il était redevenu le merveilleux conteur que beaucoup d’entre nous connaissent. Il a su trouver les mots pour toucher la salle, au point d’émouvoir jusqu’au procureur.

L’auteur du mail raciste et haineux a dû se sentir bien mal à l’aise. Ce n’est pas moi qui le plaindrai. Il n’a eu, au final, que ce qu’il méritait.

Je constate juste que la poésie est parfois plus efficace que la plus redoutable des plaidoiries.

Un grand bravo a Saadi Bahri et à son avocate Maître Abci qui ont mené leur combat avec panache.

Abdallah