Association des Travailleurs Maghrébins de France
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Intervention de l’ATMF à l’événement du collectif 18ème en lutte.

Paris, 15 octobre 2026

Bonsoir à toutes et à tous,

Ami-e-s, camarades,

Tout d’abord, merci aux organisatrices et aux organisateurs de cette rencontre antiraciste et anticolonialiste d’avoir tenu à honorer la mémoire des victimes du 17 octobre 1961.

Pour celles et ceux qui ne nous connaissent pas encore, l’ATMF est une association engagée dans la défense des droits, contre le racisme l’islamophobie, l’antisémitisme, toutes les discriminations, et pour la justice sociale depuis plusieurs décennies. Notre combat est celui de l’égalité des droits, de la dignité et de la solidarité entre les peuples. Nous portons aussi une exigence de mémoire et de transmission, parce que les luttes d’hier éclairent celles d’aujourd’hui.

C’est dans cet esprit que nous prenons la parole ce soir pour évoquer le crime d’État du 17 octobre 1961.

Ce soir, nous nous souvenons des Algériennes et des Algériens qui manifestaient pacifiquement à Paris contre un couvre-feu discriminatoire. Ils ont été pourchassés, frappés, tués. D’autres ont été jetés dans la Seine.

Le 17 octobre 1961, un massacre a été commis par la police française. Nous sommes ici pour que personne ne l’oublie.

Se souvenir, c’est aussi regarder le présent en face

Commémorer, ce n’est pas seulement regarder le passé. C’est aussi regarder le présent en face.

Nous vivons une période où le racisme et le fascisme se banalisent. Où les discours de haine cherchent à se faire passer pour des opinions comme les autres. Où l’on désigne les personnes immigrées, leurs enfants et les habitantes et habitants des quartiers populaires comme responsables de tous les maux.

Nous refusons cette banalisation. Nous refusons que le rejet de l’autre devienne une norme et que l’égalité des droits soit remise en cause au nom de l’origine, de la nationalité ou de la religion.

Face au racisme et au fascisme, notre responsabilité est de ne rien laisser passer, de ne pas nous résigner et de construire des solidarités.

C’est aussi le sens de notre présence ici : faire vivre la mémoire pour défendre l’égalité et les libertés aujourd’hui.

De Sétif, Guelma et Kherrata, en mai 1945, à Paris, en octobre 1961, une même exigence nous rassemble : la vérité, la justice et la dignité.

Nous refusons que cette histoire soit effacée. Nous refusons que les victimes soient oubliées. Et nous refusons que les descendants des colonisés soient encore aujourd’hui confrontés aux discriminations, aux contrôles au faciès, aux violences policières et à la stigmatisation.

Nous ne demandons pas une place à part. Nous exigeons l’égalité des droits !

Le passé colonial ne disparaît pas par décret. Il laisse des traces dans les institutions, dans les rapports de pouvoir et dans les discours qui désignent toujours les mêmes personnes comme des suspects, des étrangers ou des citoyens de seconde zone.

Lorsque nous prenons la parole, lorsque nous dénonçons ces injustices, certains voudraient nous faire taire.

Mais nous ne nous tairons pas !

Notre mémoire n’est pas une menace. Notre mémoire est un droit. Notre mémoire est un combat pour l’égalité.

Défendre les libertés et refuser la répression

Mes ami-e-s, mes camarades,

L’histoire nous l’enseigne : la répression n’épargne personne.

Hier, elle frappait les Algériennes et les Algériens qui réclamaient leur liberté. Aujourd’hui, elle frappe les habitantes et les habitants des quartiers populaires, mais aussi les Gilets jaunes, les syndicalistes, les écologistes et les féministes qui se mobilisent pour leurs droits.

Elle vise aussi notre jeunesse : les lycéennes, les lycéens et les étudiants qui refusent la précarité, l’injustice et un avenir sans perspectives.

À toutes et à tous, nous voulons dire : nous ne vous laisserons pas seuls !

L’ATMF exprime toute sa solidarité avec le mouvement lycéen, avec les étudiantes et les étudiants, et avec toutes celles et ceux qui se mobilisent pour une école plus juste, une société plus égalitaire et une démocratie véritable.

Car lorsque la répression frappe les uns, c’est la liberté de toutes et de tous qui recule. Lorsque l’on fait taire une voix, c’est la démocratie qui s’affaiblit.

Faire converger les luttes

Voilà pourquoi nous devons dépasser la simple indignation.

Nos combats ne sont pas concurrents : ils sont liés.

Contre le racisme, contre le fascisme, contre les violences policières et contre les injustices sociales : faisons front commun !

Ne laissons pas les discours de haine nous diviser. Ne laissons pas opposer les travailleurs entre eux, les générations entre elles, ou les victimes de discriminations les unes aux autres.

Notre combat ne consiste pas à choisir entre les luttes. Il consiste à les faire converger.

L’antiracisme doit être social, politique, solidaire et internationaliste.

Et cette solidarité ne s’arrête pas aux frontières.

Nous réaffirmons notre solidarité avec le peuple palestinien, avec son droit à la liberté, à la dignité et à l’autodétermination. Nous exigeons l’arrêt du génocide à Gaza, la fin de l’occupation et de l’apartheid, ainsi que le respect du droit international.

Défendre les droits d’un peuple, c’est défendre les droits de tous les peuples.

Aucun peuple ne doit être dominé. Aucun être humain ne doit être humilié. Aucune injustice ne doit être condamnée au silence.

Transmettre et agir

Mes ami-e-s, mes camarades,

En honorant les victimes du 17 octobre 1961, nous honorons aussi celles et ceux qui ont résisté, celles et ceux qui ont témoigné, celles et ceux qui ont transmis cette mémoire malgré les silences et les obstacles.

À nos aînés, nous devons la mémoire.

Aux jeunes générations, nous devons la vérité.

Et à toutes et à tous, nous devons le combat pour l’égalité.

Dans cette période de banalisation du racisme et du fascisme, transmettre cette mémoire est une responsabilité collective. Non pour enfermer les nouvelles générations dans le passé, mais pour leur donner les moyens de comprendre, de résister et de construire un avenir commun.

Nous sommes là pour transmettre. Nous sommes là pour dénoncer. Nous sommes là pour agir.

Honneur aux victimes du 17 octobre 1961 !

Honneur aux martyrs de Sétif, Guelma et Kherrata !

Solidarité avec le peuple palestinien !

Solidarité avec les lycéennes, les lycéens, les étudiantes, les étudiants, les travailleuses et les travailleurs avec ou sans papiers, et toutes celles et ceux qui luttent pour la justice sociale !

Contre le racisme, contre le fascisme, contre l’oubli et contre toutes les formes de domination : continuons le combat !

Vive la solidarité entre les peuples !

Toutes et tous à Orléans le 24 octobre 2026 contre les Haineux !!!

Je vous remercie.

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